Si elle avait du partir au loin, près du néant, elle n'aurait emporté qu'un seul sac.
Un sac remplis de mots.
De mots de Frédéric Boyer.
Elle
entretenait avec l'oeuvre de cet auteur, depuis la lecture "Des choses
idiotes et douces" il y plus de dix ans, un rapport passionnel.
Elle
avait toujours à proximité du regard, un de ses livres. Elle pouvait
l'ouvrir à n'importe quelle page avec la certitude d'y trouver les mots
qu'elle attendait. Les mots d'une vie. Dans le désordre des souvenirs.
Ses
phrases étaient des manteaux lorsqu'elle avait froid, une caresse quand
les larmes la guettaient, un baiser chassant la tristesse, un vent
frais sous le soleil, un encouragement quand elle était heureuse, un
pansement sur ses douleurs anciennes, une protection sur celles à venir.
Elle
avait toujours eu la manie de lire avec un stylo, un bic, un crayon
gras afin de souligner de rouge, les passages bouleversant ses lectures.
Dans sa bibliothèque, les livres de Fréderic Boyer, sous leur apparente blancheur, étaient d'un rouge étincelant.
Et quelle que soit l'heure de son départ, elle emporterait avec elle, un sac de cuir rouge gorgé des mots de Frédéric Boyer.
