C'était plus fort qu'elle.
Elle aurait pu y passer des après-midi entiers sans rien faire.
Juste observer.
Les lavomatiques exerçaient sur Jeanne une véritable fascination.
Elle n'aimait pourtant pas y laver son linge, elle possédait depuis longtemps l'équipement nécessaire pour le faire à la maison.
Non, c'était le lieu qu'elle aimait.
Ses odeurs, ses couleurs délavées par le temps, les bruits des immenses séchoirs vibrants, le son de pièces avalées par d'avides fentes jamais assouvies.
Les gens aussi.
Les timides qui replacent rapidement le linge dans de grands sacs et rentrent d'un pas rapide s'occuper de leur intimité à l'abris des regards indiscrets. Ceux qui n'en ont rien à faire et qui replient patiemment culottes, slips et autres en faisant de petits tas, exposant aux yeux de tout le squelette de leur vie : enfants ou pas, femme ou pas, homme ou pas, seul(e) ou pas.
Et parce qu'elle aimait cela, elle ne manquait jamais, quand elle passait devant un lavomatique, qu'il soit désert ou bondé, d'y entrer afin d'y voler un petit bout de solitude saupoudré de produit lessiviel.
